👉 Voir la conférence inflammation dans les troubles bipolaires : causes et conséquences – Pr Leboyer – Conférence Argos 2001 – Février 2025
Article rédigé par Camille – 17 octobre 2025
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Les conférences Argos, c’est quoi ?
Argos 2001 est une association nationale pour les personnes souffrant de troubles bipolaires et leurs proches. Elle a été fondée à la suite de conférences du Dr Gay à l’hôpital Sainte-Anne, à Paris, en 2001.
L’association propose, depuis plusieurs années, des conférences régulières, visibles en ligne, sur le trouble bipolaire. Elles sont animées par des experts en santé mentale (médecins, psychiatres, chercheurs…).
Chaque année, en mars, elle organise également la Journée mondiale des troubles bipolaires, en présentiel et en visioconférence.
Basée sur plusieurs antennes en France, l’association propose aussi des groupes de parole en présentiel ou en visio, des activités et des permanences téléphoniques. En savoir plus
Professeur Marion Leboyer, c’est qui ?
Elle est psychiatre, professeure à l’université, directrice de la Fondation Fondamentale et co-responsable du groupe neuropsychiatrie translationnelle.
Bibliographie
- Immuno-Psychiatry: Facts and Prospects
- Troubles bipolaires : pratiques, recherches et perspectives
- Psychiatrie : l’état d’urgence
- Troubles Bipolaires: Pratiques, Recherches, Et Perspectives
- Facteurs de risque des psychoses : Identifier, comprendre, prévenir
- Psychiatric Genetics: Methods and Reviews
- Réinventer notre santé mentale avec la Covid-19
- Nouvelles stratégies thérapeutiques et diagnostiques en psychiatrie: Conférences 2006-2007
- Troubles bipolaires : de la recherche à la pratique : Cycle des conférences de Chenevier 2008 – fondaMental
- De la schizophrénie aux troubles bipolaires : le concept de psychose au seuil du XXIe siècle: Conférences Chenevier 2009
- Age et mode de début des maladies psychiatriques : perspectives cliniques, étiologiques et thérapeut: Conf.2009/2010
Sources retenues dans cette conférence inflammation dans les troubles bipolaires : causes et conséquences
- Rev in Leboyer et al., BMB Medicine, 2016
- Brek, Leboyer and Sommer, Springer (eds), 2018
- Rural-urban variation in incidence of psychosis in France : a prospective epidemiologic study in two contrasted catchment areas
- Coehlo et al., Acta Psychiatr Scand, 2014
- Oliveira et al., Acta Psychiatr Scand, 2017
- Tarantino et al., Molecular Psychiatry, 2021
1 – Une inflammation, c’est quoi ?
Elle décrit le phénomène de l’inflammation à la minute 6 de la conférence.
Il s’agit d’une réponse naturelle de l’organisme face à une agression. Une rougeur, un gonflement, une chaleur et une douleur apparaissent. Les cellules immunitaires se localisent alors sur le lieu de l’inflammation. Normalement, l’inflammation aiguë est passagère et normale.
Chez certaines personnes, il va se développer une inflammation chronique ou dite inflammation de bas grade, propice au développement de différentes pathologies (maladies auto-immunes, cardiovasculaires et maladies du cerveau).
Elle explique que nous savons aujourd’hui qu’il y a une communication qui se fait du cerveau au corps, notamment grâce au système immunitaire.
2 – Une inflammation de bas grade chez certaines personnes bipolaires
40 % des personnes bipolaires auraient une inflammation de bas niveau avec une élévation des marqueurs de l’inflammation (CRP, IL-6, TNF-α, IL-1β). Les marqueurs de l’inflammation sont présents dans le cerveau, le sang et le système digestif.
Elle explique que la cause de cette inflammation chronique viendrait du croisement entre des risques environnementaux et un terrain génétique.
3 types de facteurs de risque environnementaux :
- Elle parle des infections précoces périnatales (c’est-à-dire la période juste avant, pendant et juste après la naissance).
- Elle aborde le stress ou les infections pendant l’enfance. Les traumatismes sévères vécus dans l’enfance sont très souvent retrouvés dans les antécédents des troubles bipolaires. Ils seraient en lien avec des anomalies du système immunitaire et cette composante inflammatoire.
Elle indique aussi qu’une hospitalisation pour infection augmenterait le risque de trouble de l’humeur de 62 %. - Elle explique que le style de vie joue également un rôle important, notamment l’alimentation, l’activité physique, le sommeil, l’alcool, le tabac et l’exposition à la pollution…
Elle indique que si l’on agit sur ces facteurs de risque, on peut avoir un effet bénéfique sur l’évolution de la maladie.
Focus sur la pollution
La pollution de l’air pourrait potentiellement participer au déclenchement des maladies. En effet, certaines études indiquent qu’il y aurait deux fois plus de troubles bipolaires en ville qu’à la campagne.
Terrain génétique
Elle présente les concepts d’immunité innée, du maintien de l’inflammation et de l’immunité adaptative à la minute 20 de la conférence. Chez certains patients bipolaires, il y aurait une moins bonne réponse du système immunitaire inné pour se défendre contre les facteurs de risque environnementaux.
Elle aborde aussi les anomalies des mitochondries ainsi que des cellules Natural Killer (cellules tueuses), qui pourraient expliquer le maintien de l’inflammation de bas grade et l’augmentation de la perméabilité au niveau du cerveau et du système digestif.
Elle parle aussi de l’immunité adaptative avec le système HLA qui a un rôle très important anti-inflammatoire, anti-infectieux et dans le développement du cerveau.
Focus sur l’hypothèse du trouble bipolaire en lien avec un trouble de l’énergie
Le dysfonctionnement des mitochondries pourrait être en lien, pour certains patients, avec un trouble de l’énergie. La dépression pourrait être liée à une baisse d’énergie et la phase maniaque à un trop-plein d’énergie. Elle explique que cette anomalie mitochondriale pourrait être associée au syndrome métabolique.
Focus sur le syndrome métabolique
Elle explique à la minute 11 de la conférence que l’on parle de syndrome métabolique lorsqu’il y a :
- un surpoids
- une anomalie des bilans lipidiques
- une hypertension artérielle
- une anomalie au niveau de la glycémie
Dans la population générale, le syndrome métabolique touche 10 % de la population. En comparaison, 20 % des personnes concernées par le trouble bipolaire en souffrent.
Elle parle du bilan sanguin à réaliser au minimum une fois par an.
Lire l’article sur les symptômes résiduels du trouble bipolaire. Le Dr Marc Masson y aborde également le syndrome métabolique et ses conséquences.
3 – Des conséquences possibles de cette inflammation de bas grade
Elle pourrait être associée, chez certains patients :
- à la non-résolution des infections
- aux difficultés cognitives
- à la résistance aux traitements
- aux comorbidités (développement d’autres pathologies en même temps que le trouble bipolaire)
- au phénomène de “comportement de maladie” (repli social, fatigue, anhédonie)
- au syndrome métabolique
- à la psychose auto-immune (études en cours, protocole TIME-DEPIST)
Focus sur les comorbidités
Elle explique qu’elles sont très fréquentes chez les personnes vivant avec un trouble bipolaire. Elle donne les exemples suivants :
maladies auto-immunes, migraines, diabète, maladies cardiovasculaires, toxicomanies, anorexie/boulimie, troubles anxieux, impulsivité, hyperactivité, troubles de la personnalité, obésité…
Focus sur la psychose auto-immune
Chez certains patients (pas tous !), l’inflammation chronique entraînerait une augmentation de la perméabilité de la barrière intestinale. Des antigènes se retrouveraient dans le sang, ce qui pourrait favoriser la production d’auto-anticorps contre les récepteurs du cerveau.
4 – Des pistes de prise en charge de l’inflammation dans les troubles bipolaires
Elle explique qu’il faut prendre en considération cette inflammation présente chez certains patients (pas chez tous !) afin de diminuer l’impact au niveau cérébral.
Elle propose à la minute 37 des pistes de prise en charge en précisant que c’est uniquement pour les patients présentant une inflammation de bas grade et/ou un syndrome métabolique :
- Choix d’un psychotrope qui ne favorise pas l’inflammation et qui limite la prise de poids
- Utilisation d’antioxydants (NAC) ou d’agents anti-inflammatoires
(Attention ! Des essais thérapeutiques sont encore nécessaires car il y a de vraies contre-indications avec certains traitements ou un possible virage maniaque avec certains anti-inflammatoires) - Importance d’un mode de vie adapté (activité physique, alimentation, sommeil)
→ Voir mon cahier numérique “Hygiène de vie et trouble bipolaire”
Focus sur l’alimentation
Elle parle des bienfaits de l’alimentation méditerranéenne (diminution des risques de dépression et des marqueurs de l’inflammation) et des études en cours sur l’alimentation cétogène (attention, régime à ne pas mettre en place seul car il existe des contre-indications et des risques de carences).Elle cite l’application Food4Mood, développée en partenariat avec la Fondation Fondamentale.
Focus sur le bilan sanguin
Pour la prévention du syndrome métabolique, elle rappelle l’importance de faire un bilan sanguin (glycémie, bilan lipidique) au moins une fois par an, car beaucoup de patients qu’ils reçoivent en Centre Expert n’ont pas reçu de diagnostic du syndrome métabolique. Elle conseille également de faire un bilan des marqueurs de l’inflammation (CRP…) et de la thyroïde.
Dans un deuxième temps, elle explique qu’il faut aussi développer des essais pour apprendre à traiter les dysfonctionnements biologiques :
- des médicaments qui agissent sur les mitochondries
- polymicrobiothérapies pour restaurer la perméabilité intestinale
- en développant des immunothérapies pour la psychose auto-immune
5 – Un message d’espoir : la médecine de précision dans les troubles bipolaires
Elle explique qu’il y a encore beaucoup d’hypothèses et d’essais à confirmer mais que l’immuno-psychiatrie et l’inflammation dans les maladies mentales sont des sujets de plus en plus étudiés, notamment relayés dans les médias.
Articles à lire :
- Psychiatrie : la piste prometteuse de l’inflammation chronique – Le Figaro – mai 2024
- Quand le corps détraque le cerveau : ces découvertes qui révolutionnent la psychiatrie – L’Express – janvier 2025
Elle milite pour une psychiatrie qui permette d’identifier des sous-groupes homogènes afin de proposer des prises en charge spécifiques.
Pour cela, elle insiste sur le développement de biomarqueurs spécifiques, une meilleure compréhension des mécanismes biologiques et des mesures objectives d’efficacité des traitements.
Elle présente le projet PEPR PROPSY, financé par le gouvernement. C’est un programme de recherche en psychiatrie de précision sur 7 ans. Pour y participer, les personnes doivent être stabilisées et avoir réalisé un bilan dans un Centre Expert. Elles pourront ensuite éventuellement rejoindre une cohorte avec différentes évaluations.



Elle est volontairement en noir et blanc pour que tu puisses l’imprimer pour pouvoir échanger avec ton médecin.
